Mon cher ancien amour

21 Oct 2018

Mon cher ancien amour,

 

Voilà quelques années maintenant que nous nous sommes quittés. J’aurais aimé pouvoir dire « en bons termes », mais tu as été exécrable, et je crois même honteusement méchant. Ta fierté nous aura vraiment rongé jusqu’à la moelle, même une fois séparés.

 

Nos routes s’étaient croisées, adolescents âgés de 15 ans, et nous étions tombés amoureux l’un l’autre de nos réflexions je crois, avant même de comprendre que nos corps pouvaient s’exprimer, eux aussi. Trois belles années plus tard, je t’avais écrit, quelques mois après nos adieux houleux. J’y avais mis jusqu’à mon âme. A l’heure actuelle, je me doute que tu n’as plus ma lettre en ta possession. Tu ne sais pas respecter grand-chose mis à part toi-même – et encore, parfois je m’interroge. Beaucoup de choses sont fausses désormais, même si je les pensais viscéralement lorsque je les ai écrites.

 

Je te contais combien je souffrais de ton absence, combien il avait été difficile de prendre une telle décision ; c’était comme si j’avais décidé de m’amputer moi-même d’une partie primordiale de mon corps, ou de mon âme. Bien sûr, je ne me doutais pas que c’était loin d’être terminé. J’ai visité les limbes avant de me remettre à rayonner – sans toi. La prépa, je l’ai réussie à la fois grâce, et à cause de toi. Je me suis sentie si seule, avec la sensation d’avoir un monde à construire sans la moindre aide – c’était faux. Mais cela a libéré une force intérieure dont je ne me croyais pas dotée. Et me voilà aujourd’hui, ravie d’avoir autant évolué.

 

Je pensais que jamais je ne pourrai aimer autant ; mais t’ai-je aimé réellement ? Je crois que parfois, il faut laisser le passé là où il est et cesser de chercher des réponses là où il n’y a plus de questions. Nous avons changé, aujourd’hui ; nous referons respectivement des erreurs, mais je doute sincèrement que ce soit exactement les mêmes.

 

Il me semble que, à travers tous les sentiments que j’ai à ton égard aujourd’hui, entre l’incompréhension et même une forme de dégoût, il y a de la tendresse et de l’affection. Tu resteras à jamais important pour moi, car tu as contribué inévitablement à ma construction en tant que personne. Ce n’est pas terminé, puisque la vie est construction, mais tu fais partie de mon histoire. Ton souvenir pour toujours imprégnera mes années lycées. Je sais bien que tu jettes tout à la poubelle aussi facilement que l’on jette un caillou, mais moi pas. Mais je ne te demande rien en retour, rassure-toi.

 

Je ne connais plus l’homme à la surface, car il a changé. Ton écorce s’est peut-être durcie, comme la mienne. Mais je connais très bien le toi véritable, le toi profond. Je pourrais encore prédire certaines de tes réactions, j’en suis certaine. J’avais investi ton univers, mais toi, non. Tu ne me comprendrais pas aujourd’hui… je sais que je suis très complexe, à ta décharge. Je sais surtout que l’on peut t’aimer, mais il va falloir que tu laisses tomber certaines barrières. Le monde, contrairement à ce que tu crois, n’est pas que manipulation. Il est poésie, parfois. Surtout si tu le décides, en fait. Et heureusement que l’on peut s’offrir de telles parenthèses…

 

J’ai besoin de me sentir vivante, et l’on s’éteignait l’un l’autre, incontestablement. J’ai besoin d’explorer la richesse que le corps humain est capable de nous offrir. Tu n’étais pas dans cette perspective-là, tu as un peu plus [trop ?] les pieds sur terre que moi. Les rayons du soleil sur ton visage, les savoures-tu à leur juste valeur ?

 

Tu analyses parfois un peu trop les choses. Tu passes à côté de la saveur de l’instant, et la volupté du moment. Tu le perçois trop comme la construction d’un souvenir, et déjà tu essaies de prendre le recul que tu ne peux réellement trouver que bien plus tard. C’était frustrant. Fais taire ton esprit parfois, c’est là mon seul conseil. Tu te sens agressé incessamment, en concurrence avec le monde comme si tu sentais que tu avais toujours besoin de prouver ta place, prouver qui tu es – le sais-tu, d’ailleurs ?

Arrête.

Je t’assure, arrête.

Arrête d’être rongé par la peur du jugement, fais ce dont tu as envie, c’est tellement libérateur. Et je te sens encore enchaîné à tant d’ancrages… Arrête d’être trop sérieux, arrête de réfléchir. Vis.

 

Je ne suis pas ton ennemie. J’espère que tu trouveras le bonheur quelque part, un jour…

 

 

Signé : ton ancien amour, que tu ne respectes pas assez à son goût

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